Sujets Fleuves

vendredi 29 juin 2007

Gorge 2007: pas terrible!

Pas terrible, les Gorge, jusqu’à présent. On dirait que le pattern de la ligne de nuages à l’ouest et le gros soleil à l’est ne s’est pas encore installé. Côté statistiques, c’est pas mal (12 en 12), mais beaucoup de 6.0/105L, ce qui est assez inhabituel pour une fin de juin.

La grosse surprise cette semaine fut un vent d’est dont l’intensité et la durée furent surprenantes. C’est d’ailleurs cette journée qui m’a permis de rattraper Planchette avec ses 103 km au compteur. J’étais encore une fois en 6.0/105L, mais comme ma meilleure moitié était en 4.0, j’étais probablement surtoilé. Nous étions au maximum 10 sur l’eau, la communauté locale boycottant toujours les vents d’est d’été, ces petits gâtés détestant faire du près, le vent étant dans la même direction que le courant.

Hier, un petit sursaut Gorgien à Viento, où j’ai pu me taper une heure de 4.4 surtoilée sur ma nouvelle Fanatic Freewave 86. Incroyable, comment le modèle 2007 est une amélioration par rapport au modèle 2005, qui était déjà pas mal. Elle décolle aussi rapidement au planing, mais elle semble plus petite tellement elle est vivante sous les pieds et plus confortable dans le clapot. Seul petit reproche, le changement de boîtier qui passe de l’américain au powerbox, ce qui rend mes ailerons obsolètes.

Planchette a vécu un gros drame; le vol de son sac Nike qui contenait ses wetsuits, booties, harnais, costumes de bain et une foule de cossins (c’est incroyable ce qu’elle réussi à entasser dans 4 pieds carrés). Mine de rien, il y en avait pour 1200$. Comme dirait mon ami Eric, « It’s only money », mais c’est surtout le temps qu’il faut consacrer pour remplacer tout ça. Vous connaissez les femmes, acheter un costume de bain, c’est deux jours minimum.

Il y a aussi d’autres drames, comme par exemple la disparition des prévisions de vent de « Bart’s Best Bet » à la radio, ce qui rend le processus de décision un peu plus compliqué le matin. Et puis, une pluie torrentielle, en novembre dernier, est venu foutre la merde à la Marina, le spot des kiteux à Hood River: 26 acres de sables provenant de la rivière Hood a diminué de façon assez significative le terrain de jeu des kiteux. Ils ont donc maintenant la permission d’empiéter sur Event Site, ce qui fait de ce site l’endroit le plus dangereux à fréquenter après l’Irak. Imaginez une gang de planchistes intermédiaires hors contrôle entremêlés de slalomeux en furie, le tout parcouru par une centaine de kiteux!

Bon bin faut que je vous laisse, le parcomètre va virer au rouge et je suis trop crevé pour me lever et y ajouter un trente sous, ça épuise The Gorge, même quand y vente pas trop!

mercredi 20 juin 2007

Gorge 2007: c'est parti mon GuyGuy!!!!

Voilà que commence mon 7ième périple aux Gorge. La route fut longue, encore une fois grâce à un bouchon de circulation à Toronto. Faut dire que j’avais un peu chercher le trouble en partant à 10 am vendredi dernier. Deux imprévus sur la route (des accidents impliquant de gros camions) ont fait que je me suis retrouvé en pleine heure de pointe dans la ville reine. L’enfer. Le lendemain, je fut ralenti par des milliers de motos (surtout des Harley Davidson) dans le Michigan, dans le cadre d’une parade appelé « Ride for Freedom ». Ah, ces américains, toujours aussi patriotiques!

Gros changement cette année, j’ai traversé la frontière par Sarnia-Flint plutôt que Winsor-Detroit. Ca m’a semblé plus rapide, mais ça vaut la peine ne serait-ce que pour la vue extraordinaire qu’on a du Lac Érié qui se jette dans une rivière lorsqu’on traverse le pont.

Évidemment, il ventait un gros 30 nœuds quand j’ai traversé le Wyoming. Toujours pas trouvé de plan d’eau, mais je peux vous dire que mon Uplander en a bu une shot, avec ce vent à contre courant!

Je suis finalement arrivé à Hood River lundi à 2h pm, épuisé, mais avec tout de même assez d’énergie pour me lancer en 6.0/86 litres. Le lendemain, un système perturbateur provenant de la Colombie Britannique (maudit canadiens à marde) en guerre contre le pattern habituel de météo a fait que j’ai dû me contenter de faire de la 7.0 à Viento. Méchant beau spot de speed par sud-ouest, dommage que j’ai toujours pas de GPS, je suis sûr que j’ai frisé le 30 nœuds.

Bon bin, faut que je vous laisse, il est 10h am, je suis au Hatchery et il me semble que le pattern habituel de météo reprend le dessus. Une petite journée de 5.0, ça se prendrait bien.

p.s. : une question pour ma Planchette. L’autre jour, j’hésitais entre la 5.5 et la 6.0. Je me demande si on devrait pas s’acheter une 5.7. Qu’en penses-tu? ;-)

vendredi 6 avril 2007

R.I.P. Venture

Plus de deux cent mille kilomètres sous le capot, une baisse anormale de liquide refroidissant qui laisse présager le pire, une foule de nouveaux petits bruits suspects, rien n’allait plus pour mon Chevrolet Venture. Je me suis donc débarrassé du pauvre cette semaine.

C’est tout de même avec le cœur gros que je me suis rendu chez le concessionnaire pour l’échanger contre un neuf. C’est fou comment on peut s’attacher à ces petites ferrailles! Surtout que mon Venture était empreint de beaux souvenirs de planche : cinq périples à The Gorge, un tour de l’Amérique du Nord en 2005... De mauvais, aussi : deux pannes dans le Wyoming, des gaskets de tête à changer à répétition, la sauvage attaque du cerf mort à Padre Island, suivi de la pluie de grêlons qui a laissé plein de poques au Venture (et diminua sérieusement sa valeur de revente).

Bref, toutes des aventures que j’ai racontées sur ce blog… Et d’autres, que je n’ai jamais osé raconter, comme la fois où je me suis cru agressé dans un ghetto noir de Détroit… J’avais manqué ma sortie et je me suis retrouvé dans un quartier qui me semblait louche. Le feu de circulation est rouge, et là, y a un vieux tacot qui me rentre dans le cul. Un regard furtif dans le miroir, je décide de ne pas sortir le constat à l’amiable et d’aller de l’avant. Mais, le véhicule me talonne. Un feu de circulation tournant au rouge oblige l’arrêt. L’autre véhicule s’arrête à côté de moi, la fenêtre se baisse, et là… une superbe noire me dit avec un sourire d’une blancheur inouïe «Hey baby, so sorry for hitting you!». J’ai failli lui dire «No problem, hit me harder », mais mon état marital m’a vite rattrapé.

Donc, toujours est-il que j’ai changé mon Chevrolet Venture pour un… Chevrolet Uplander. Probablement l’une des plus affreuses créations de GM, un croisement de carrosserie de Venture et de SUV. Heureusement, la mini-fourgonnette conserve sa cote très basse dans le guide du consommateur, je reste donc en terrain connu.

Je vous entends déjà dire : «Mais cliss, Guyt, pourquoi t’as pas acheté une japonaise?» Là-dessus je vous répondrai : «C’est bien beau la fiabilité d’une Sienna ou d’une Odyssey, mais c’est pas avec ça qu’on fait des histoires de blog».

dimanche 13 août 2006

Gorge 06 part XI: C'est fini

Aujourd’hui, ç’était ma dernière journée de planche aux Gorges. Je pensais bien qu’elle serait mémorable. Tous les ingrédients y étaient ; une grosse ligne de nuages à l’ouest, un ciel tout bleu à l’est :



Finalement, ce fut un avant-midi assez ordinaire en 5.5/86 litres. En après-midi, les conditions se sont détériorées, alors j'ai paqueté mes petits et je suis allé au camping pour préparer mon départ prévu pour demain matin. Il ne ventera pas et c’est tant mieux pour moi, je déteste partir quand y vente.

C’était ma 60ième journée aux Gorges. Ma 54ième journée de planche. Ne sortez pas vos calculatrices, je fais le calcul pour vous: ça fait 90% de journées planchées, ma meilleure saison ici jusqu’à présent. Pour amateurs de statistiques, je vous ferai un compte-rendu plus détaillé un peu plus tard.

Pour fêter ça, j’ai invité des amis américains à dîner au restaurant. On a bien rigolé. Il y avait Dwight, un politicien d’allégeance démocrate de Seattle. Une grande gueule comme ça se peut pas. Tout un contraste avec sa femme, toute douce. Je me souviens encore de ses tirades contre Gorge Bush en 2002, à l’époque où quiconque n’était pas derrière Bush était considéré ici comme un traître à la nation. Du cran, mon ami Dwight.

L’an passé, je n’ai pas vu beaucoup Dwight aux Gorge. Il était en campagne électorale. Il a été défait. Pas grave, on l’a nommé président du parti démocrate pour l’état de Washington. Comme il disait à table,
« derrière chaque homme qui réussit, il y a une belle-mère étonnée ».

J’écouterais pendant des heures et des heures les récits de Dwight, particulièrement quand il parle des années fin 60 début 70, dans sa période activiste. Mais bon, on est aux États-Unis. À 18h, on entrait dans le resto. À 19h, on se faisait des «hugs» en guise d’adieu. Ça s’éternise pas à table, un américain.

Il m’a fait promettre encore une fois que Planchette et moi irons passer quelques jours chez lui à Seattle, l’an prochain. Paraît que c’est une belle ville. On va sûrement le faire, on va trouver le moyen de s’éloigner du magnétisme des Gorges. Y a pas que la planche dans la vie. Mais c’est peut-être facile à dire après 54 jours quasi-consécutifs de planche.

Donc demain, le départ. La transmission de ma camionnette fait un drôle de bruit. Tout ce que je souhaite, c’est qu’elle ne me lâche pas au Wyoming.

ps:Y a de la planche partout à Hood River. Même sur les affiches de centre d'achat:

samedi 5 août 2006

Gorge 06 part X: Fin de séquence

Ma dernière séquence de journées venteuses s’est finalement arrêtée à 13. Aujourd’hui, c’est samedi et comme partout dans le monde, le syndrôme «y vente pas la fin de semaine» a pris le dessus.

Grosse journée hier à The Hatchery. Déjà, à 6h30 du matin la «Dawn Patrol » sévissait :


Une journée de 4.0 pour moi. C’est pas mes journées favorites à The Hatch; le vent s’amuse à faire les montagnes russes et c’est le champ de bataille sur l’eau. Je préfère de loin Roosevelt dans ces conditions.

Quand même une bonne journée et surtout drôle d’écouter les gens réinventer la journée à la fin de celle-ci. Fallait entendre Jane qui a «ridé le swell pendant au moins cinq heures» alors que j’ai chronométré 4 sorties de 15 minutes. Et entendre le bonheur des gros gars «totally overpowered on my 3,7» alors qu’ils ont passé (comme moi) la majorité de la journée à changer de voile.

De retour au camping, je me rends compte que j’ai oublié ma glacière. Je reprends donc l’autoroute, prend la sortie pour le pont à péage qui me mène à The Hatch. C’est l’heure de pointe, y a une dizaine de véhicules qui font l’arrêt. Je me vois déjà attendre un bon dix minutes avant que je puisse me faufiler entre deux voitures qui arrivent par la route transversale et qui n’ont pas à arrêter.

Même pas! La courtoisie est de mise à Hood River. Il y a donc alternance de véhicules entre ceux qui doivent faire l’arrêt et ceux qui théoriquement ont le droit de passage. Une chose qu’on ne verrait jamais à Montréal et encore moins au Far-West routier qu’est mon Plateau Mont-Royal.

Ciel, qu’ils sont courtois les gens ici. Demandez à quelqu’un où sont les téléphones publics, il vous offrira son cellulaire. Mettez le petit orteil sur la rue, tous les véhicules s’immobilisent séance tenante. Ici, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil, tout le monde vous dit: «Hi! How are you doing?».

Jamais vu d’affiche « défense de fumer » dans les restos; ça va de soi. Dans les parcs, on prépare la génération future:


La criminalité ici se résume à un stationnement payant oublié. Très rarement, ça peut dégénérer en crimes plus graves, mais ceux-ci sont commis par des gens de passage, comme celui de Jim, du New Hamshire.

Il est tellement con, ce pauvre Jim, qu’il finit par en être sympathique. Voici comment il s’était présenté à Planchette; il avait trouvé un mulot blessé qu’il avait brandit au visage de Planchette pour lui faire peur. Elle avait un peu décontenancé Jim en prenant la pauvre petite bête dans sa main pour la flatter.

Jim est un planchiste qui vient ici en avion avec son matériel et se loue sur place un véhicule, qui lui servira aussi de domicile. Il y a quelques années, il avait loué un gros camion ordinairement utilisé pour les déménagements avec le gros lettrage «Avis-Rent-A-Truck» sur la boîte du camion.

En sortant de chez Pietro’s Pizza, le pauvre accroche une vieille voiture avec son «Rent-A-Truck ». La bosse est mineure, une centaine de dollars de dommage tout au plus, mais le pauvre Jim prend la poudre d’escampette, convaincu que personne ne l’a vu.

Comme il ne se passe jamais grand'chose à Hood River, le moindre détail d’anormal est toujours remarqué. Il paraît que l’arrestation de Jim, le lendemain à un Doug’s Beach bondé, fut magistrale.

Le pauvre Jim s’en est tiré avec des milliers de dollars en frais d’avocats.

Le gars qui m’a conté l’histoire était tout surpris que je ne la savais pas. Il me l’a raconté pendant que Jim tentait de dissimuler avec du nettoyant un accrochage qu’il avait encore eu la veille avec son véhicule.

J’étais crampé quand le gars me la racontait. C’est peut-être aussi pour ça que j’ai oublié la glacière.

Pour en revenir au vent, il reprend lundi, après la fin de semaine, obéïssant à l’ordre des choses.

mercredi 2 août 2006

Gorge 06 part IX: Relax à The Hatch

Onzième journée consécutive de planche. Pour éviter le burn-out, je suis tombé en mode économie d’énergie. Je m’en tiens à 3 heures max. sur l’eau, que je m’arrange pour faire en avant-midi. L’après-midi, je prends ça relax.

Je vous écris présentement du Dog River Café, à Hood River, sur Oak Street, qui ressemble de plus en plus à la rue Laurier à Outremont. Pour mes copains français, Outremont est un quartier chic de Montréal, l’endroit même où Renaud avait acheté sa «Cabane au Canada ».

Ça, s’est Oak Street :




Ce matin, c’était pour moi la définition du bonheur; de la 5.0 en 86 litres, du beau swell et un Hatchery à peu près vide:



Sur la plage, quelques belles filles qui montaient tranquillement des 3,7 et des 4,0:



J’allais ajouter « dans leurs gros motorisés, des colons qui dormaient », mais je me suis retenu . Car j’ai décidé de ne voir que le positif dans la vie, à l’image de Garth, l’entraîneur de Planchette.

Garth, c’est un gars dans les débuts de sa quarantaine, qui a cessé de travailler il y a une quinzaine d’année pour se consacrer à la planche à temps plein. Je le soupçonne d’avoir eu un père avant lui. Et d’avoir fait le choix de ne pas perpétuer la fortune familiale.

Ce que j’aime beaucoup chez Garth, c’est son positivisme. Garth trouve toujours le moyen de s’amuser quelque soit les conditions. Le vent est gusty, genre 15 rafales à 30 nœuds, il dira « it’s technical out there » ou encore « it has its moments ». Il planche toujours comme un gars qui n’a pas été sur l’eau depuis un mois, avec le gros sourire étampé dans la face. Jamais blasé, le Garth, même s’il cumule au moins 200 jours de planche par année.

Il fait parti des réguliers, que je revois d’année en année. Ce matin, nous étions six sur l’eau, je les connaissais tous. On s’est rapidement partagé le plan d’eau, pour que chacun profite d’un swell immaculé. De loin, on s’échangeait des sourires complices.

Planchette aurait été fière de moi. Je restais dans le premier tiers de la rivière, là où le swell est le plus beau, délaissant la ligne droite et la vitesse au profit du « swell riding », qui dans mon cas se traduit par faire un maximum de jibes sur le dos lisse des vagues.

Que c’était relax! Un peu trop même. À un moment donné, je jibe et aperçois une barge immense que je n’avais jamais vu venir. Elle a dû me manquer d’une vingtaine de secondes. Une chance qu’elle n’a pas hurlé de tous ses sifflets. Je serais probablement mort d’une crise cardiaque.

Guyt, mort de peur à The Gorge. Une belle fin, tout de même.

lundi 31 juillet 2006

Gorge 06 part VIII: Skunk à Roosevelt


Huitième journée consécutive de vent hier. Les prévisions étaient du tonnerre pour les sites de l’est, surtout qu’Hood River était couverte de nuages. Les troupes se divisent donc entre The Wall et Roosevelt avec leurs variantes (Rufus, Arlington, Maryhill…).

Je me pointe donc à Roosevelt vers 9h du matin. Il y a déjà foule, beaucoup de jeunes kiters et de vieux planchistes. La situation sur l’eau semble prometteuse. Je monte une 5,0 pour tout de suite et une 4,4 pour plus tard.

Vers 10 heures, le vent baisse, contre toutes attentes. Je suis donc allé avec la 5,5/86L, profitant encore une fois d’un plan d’eau à peu près désert, la plupart des planchistes pratiquant le boudage.

Le gros vent ne s’est jamais manifesté et c’est à une journée « light wind » que nous avons eu droit.

Ce matin, Bart a fait une petite montée de lait à la radio. C’est celui qui fait les prévisions de vent pour la journée. Tout un personnage, faudrait que je fasse un topo sur ce gars-là, un jour.

Il racontait que des gens s’étaient plaint à lui des « conditions 3,7 et 4,2 marginales » de la veille. Il disait qu’il n’y a pas de mal à monter une 5,2, que The Gorge est l’un des endroits les plus venteux au monde et qu’il n’y a aucune raison de se plaindre de quoi que ce soit.

Ce n’est pas moi qui va le contredire, mais je pourrais rajouter qu’il y a bien pire qu’une journée de baston qui ne s’est pas présentée. Il y a les gros drames et les petits drames, ceux qui passent géneralement inaperçus, comme celui de Ginger.

Ginger, c’est la « camp host » du parc de Roosevelt. La tâche principale des « camp host » en est une de surveillance. En échange, ils ont accès gratuitement au site, avec commodités comme électricité et renvoi d’égout.

Les « camp hosts » sont généralement des retraités qui ont vendu leur maison pour la remplacer par un « motor home ». Ils passent l’hiver au Texas ou en Arizona puis, en été, ils migrent vers le nord pour fuir la chaleur. L’accès gratuit à un site est donc bienvenu. Aussi, le rôle de « camp host » permet de socialiser plus facilement.

J’ai fait la connaissance de Ginger l’an passé. Un dame timide dans la bonne soixantaine. Ginger en fait beaucoup plus que demandé. Elle bosse à la journée longue pour maintenir « son » parc impeccable. Car ce que Ginger désire le plus au monde, c’est de demeurer la « camp host » de Roosevelt.

Elle m’aime bien, Ginger. Je la fais rire avec mes histoires, parfois même, je la fais rougir. L’an passé, elle nous avait invité à dîner, Planchette et moi, à son motorisé, pour que nous fassions connaissance avec son mari, Don.

Don est atteint de la sclérose en plaque. Il se déplace difficilement avec une canne, probablement plus à cause de son obésité que de sa sclérose en plaque pas si avancée que ça. Pour tout dire, je l’ai même soupçonné d’être un paresseux qui profite de sa maladie pour mieux se faire servir par Ginger.

Ginger m’a raconté son histoire. Ils ont vendu leur maison à Hood River à bon prix pour s’acheter un motorisé. J’ai deviné que Ginger en avait marre de vivre enfermée avec Don et qu’elle avait besoin d’espace. Ils partagent leur temps entre l’Arizona et Roosevelt, qu’elle adore. Ils s’en tirent financièrement en étant « camp host ».

Cette année, le parc est moins bien entretenu par Ginger, car elle doit se rendre très souvent au chevet de son mari hospitalisé. Don s’est fait nouer l’estomac. Vous savez, cette opération que l’on pratique de plus en plus aux States pour calmer l’appétit des obèses morbides. L’opération a mal tourné et de graves complications ont suivi.

Ginger est paniquée à l’idée qu’elle puisse perdre son titre de « camp host » parce qu’elle croit ne plus être à la hauteur aux yeux des rangers du parc. Elle avait les larmes aux yeux quand elle me racontait tout ça.

Je me souviens encore de Don qui exhibait fièrement la photo de Ginger, alors qu’elle était jeune femme. La plus belle de Hood River, qu’il avait appâté avec sa grande gueule. Il avait choisi le bon numéro. Pas elle.

Hier, je suis parti triste de Roosevelt. Et c’est pas parce que j’avais fait de la 5,5.

Incident aux États-Unis d'Amérique